MISS, de Ruben Alves

France | 2020

Réalisation: Ruben Alves
Scénario: Élodie Namer et Ruben Alves
Décors: Philippe Chiffre
Costumes: Isabelle Mathieu
Photographie: Renaud Chassaing
Montage: Valérie Deseine
Interprétation: Alexandre Wetter, Isabelle Nanty, Pascale Arbillot, Thibault de Montalembert, Stéfi Celma, Hedi Bouchenafa, Moussa Mansaly
Genre: Comédie
Durée
: 1h47
Sortie française: 23 septembre 2020

Talons aiguille et gros sabots
par Mathias H.

A l’heure où le cinéma commence à s’emparer plus volontiers de sujets liés à la transidentité et à faire entrer au casting des films des acteurs transgenres (en France, on pense notamment au récent Lola vers la mer de Laurent Micheli), le point de départ de Miss pouvait avoir quelque chose de prometteur. Exit la question du passing (capacité à être identifié par la société comme appartenant au genre que l’on considère être le sien), qui était par exemple au cœur de la culture des balls dépeinte par la série Pose. Alexandre, le héros de Miss, n’a aucune difficulté à être identifié en tant que femme lorsqu’il le souhaite, mais il voit plus grand et n’aspire qu’à une chose depuis l’enfance : devenir Miss France.

Il y avait sans doute quelque chose à tirer de ce glissement, dans la représentation de la transidentité, de la question du passing à ce rêve de passage à la télé, de l’acceptation la plus sommaire à une forme d’adhésion universelle, ici symbolisée par la grand-messe télévisuelle que demeure, encore et toujours, l’indéboulonnable élection de Miss France. Hélas, on déchante vite devant ce que Ruben Alves et sa co-scénariste Elodie Namer font de cette idée de départ.

Ancré dans un univers social qui se voudrait à la fois réaliste et inclusif (en résumé : un immeuble parisien où cohabitent, façon Ensemble, c’est tout, un échantillon on ne peut plus caricatural du Paris des laissés-pour-compte), le destin d’Alexandre est sans cesse ramené à une petite cour des miracles où se retrouvent aussi bien la candeur de l’utopie que la lourdeur de la comédie potache à la française. Les immigrées indiennes cousent en silence, le noir et l’arabe font pousser du cannabis et la prostituée transgenre en fin de carrière va chercher conseil chez un gourou joué par… Amanda Lear. C’est peu de dire que le décor est planté.

Malheureusement, le film n’est pas beaucoup plus habile dans sa satire des concours de beauté, parasitée par les séquences en forme de mauvais clips, les vannes qu’on aurait bien coupées au montage (le « côté quiche » de Miss Lorraine) et des enjeux à peine dignes d’un téléfilm de fin d’après-midi. L’idée pouvait sembler bonne qui consistait à redoubler la quête de mainstream d’Alexandre en la faisant jouer au niveau de l’écriture elle-même et en transportant le thème de la transidentité hors du cinéma queer de niche auquel il est souvent cantonné. Mais elle s’avère vite contre-productive puisque le film, écrasé par la lourdeur de la caricature, passe complètement à côté de son personnage, auquel deux ou trois scènes plus mélodramatiques peinent à donner un semblant d’épaisseur.

Même l’effort pour ancrer socialement le scénario finit par se déliter : Miss nous fait passer du Bois de Boulogne au plateau de TF1 comme si l’étanchéité des milieux sociaux n’existait plus et se sert de sa galerie de personnages secondaires comme d’une boîte à outils, avec à la clé une leçon d’une mièvrerie confondante : « ne laisse jamais personne déterminer ta valeur ». Soit.

Au cœur de cet attelage bancal, qui voudrait embrasser la comédie, le mélo et le film de sport sans y parvenir, on pourra peut-être se laisser émouvoir par la manière qu’a Miss d’aller jusqu’au bout de sa petite utopie. Abandonnant in extremis la comédie, le film se laisse aller à l’emphase d’un final à l’américaine avec un tel sérieux et une telle sincérité qu’on en viendrait presque à lui trouver le charme d’une petite série B. Finalement, la quête de mainstream qui est celle de son héroïne sied mal au film lui-même, qui aurait plutôt gagné à tirer parti de l’impureté générique créée par les ingrédients de son scénario. Avec ce plan final mêlant l’univers des concours de beauté à celui d’un ring de boxe, on se dit que l’audace n’est peut-être pas là où Alves semble l’avoir située et qu’il aurait été plus intéressant d’assumer pleinement la série B (un film de sport queer dans l’univers des concours de beauté) que de proposer cet objet tiède, phagocyté par un modèle de comédie populaire à la française déjà largement surreprésenté.