Le Goût des merveilles (2015)

/Le Goût des merveilles (2015)
  • Virginie Efira et Benjamin Lavernhe dans le film Le Goût des merveilles de Eric Besnard sorti au cinéma en 2015

SUCRE ET CANDEUR

par Hugo MATTIAS

Le soir de l’avant-première parisienne où il est venu présenter son Goût des merveilles, Eric Besnard insiste sur l’aspect sensoriel de son projet, avant de conclure: « si vous sortez de la salle et que vous avez envie de regarder les nuages… ce serait super ». A côté de lui, un peu gauche, se tient Benjamin Lavernhe (de la Comédie Française), qui défend là son premier rôle d’envergure sur grand écran. Le réalisateur explique l’avoir choisi précisément pour ce statut d’acteur encore non identifié par le grand public. Il formule alors un dernier vœu : si l’interprète de Pierre pouvait, au regard du spectateur, disparaître complètement derrière son personnage… « ce serait super ».

Ces quelques mots en forme de déclaration d’intention étaient superflus. Le film lui-même témoigne rapidement de l’amour que porte Eric Besnard à ses paysages de Provence et à son héros atypique. Amour sincère, sans doute, mais qui se communique mal et se fige aussitôt dans une esthétique publicitaire et un genre (la comédie romantique) que Le Goût des merveilles embrasse sans jamais parvenir à se l’approprier pleinement. La rencontre entre les deux personnages principaux (d’un côté, une jolie veuve aux prises avec la ferme bio de son défunt mari, de l’autre, un hurluberlu fort en maths, à mi-chemin entre Rain man et le Petit prince) est un programme en soi, que la suite du film déroulera consciencieusement, laissant le spectateur osciller entre une tranquille indifférence et un plaisir un peu facile.

Le Goût des merveilles n’est pas entièrement dénué de charme et séduit parfois, notamment grâce à ses interprètes. Benjamin Lavernhe parvient à insuffler une part d’innocence à la raideur physique et mentale du personnage de Pierre. Quant à Virginie Efira, qui semble condamnée à recevoir toujours le même type de compliments (et de scénarios), elle prête un naturel et une fraîcheur bienvenus au personnage de Louise. Le scénario a beau se montrer tristement prévisible, on se laisse souvent prendre au jeu de l’incorrigible franchise de Pierre, dont les effets cocasses servent de running gag à l’ensemble du film.

Malgré tout, la candeur absolue de ce Goût des merveilles reste sur l’estomac. Un peu maladroite, surannée et surtout dégoulinante de bons sentiments, cette bluette de fin d’année est à l’image de son héros : plutôt attachante, mais sans relief. A la fin de la projection, une spectatrice ose une comparaison un peu cruelle avec une publicité pour la chicorée. Sévère mais juste ? Une chose est sûre : en sortant de la salle, beaucoup lèveront les yeux au ciel, et pas toujours pour regarder les nuages.

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2018-08-22T12:31:56+00:00 Tags: , |

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