L’Oncle Buck (1989)

/L’Oncle Buck (1989)
  • Macaulay Culkin et John Candy dans le film L'Oncle Buck réalisé en 1989 par John Hughes

PASSAGE DE RELAIS

par Hugo MATTIAS

Contrairement à ce que l’affiche pourrait laisser croire, L’Oncle Buck n’est pas tout à fait un film des années 90. On n’est alors qu’en 1989: Macaulay Culkin a déjà du caractère, mais pas encore la maison pour lui tout seul et John Candy a déjà un faible pour les paris sportifs, mais pas encore sa propre équipe de bobsleigh. John Hughes est connu pour avoir réalisé quelques jolis teen movies mélancoliques (Breakfast ClubFerris Bueller), mais pas encore pour produire à la chaîne du divertissement pour enfants (Maman j’ai raté l’avionLes 101 dalmatiensFlubber).

L’Oncle Buck, c’est donc un peu le passage de relais entre les deux carrières de John Hughes, mais aussi entre ces deux décennies, complémentaires mais bien distinctes, que sont les années 80 et les années 90. On retrouve les grandes maisons de banlieue, le school bus, les figures de l’autorité tournées en ridicule, les problèmes de l’adolescence traités avec gravité… En bref, toute une imagerie et une atmosphère que la filmographie de John Hughes a largement contribué à installer dans le paysage culturel américain (donc mondial) des années 80.

Mais ici, à la différence des films précédents, la trame du teen movie est légèrement mise à l’écart pour laisser place à celui qui occupe le centre du film et lui donne même son titre: Uncle Buck. Imposant par la taille et la silhouette, mais aussi par ses manières peu orthodoxes, sa voix tonitruante et une voiture qui ne passe pas inaperçue, Oncle Buck est un personnage typiquement 90´s, tel qu’on en retrouvera dans les grands divertissements familiaux de la décennie. Il entre dans cette famille triste et désunie avec ses gros sabots et son humeur joviale, prêt à redonner le sourire aux enfants et à vaincre l’hostilité de l’aînée. Ce simple pitch suffit à dater le film (Madame Doubtfire n’est pas loin), ne serait-ce que par la place prépondérante qu’il accorde aux enfants et à la menace d’une décomposition de la famille.

Si L’Oncle Buck est en partie raté, c’est justement parce qu’il est cet objet hybride, qui semble constamment hésiter entre le sérieux (relatif) du teen movie des années 80 et la farce moralisatrice des années 90. Le scénario est prévisible et on voit mal comment il pourrait rater sa cible : un divertissement régressif débouchant sur une morale conservatrice. Pourtant, il manque parfois cruellement d’efficacité et le spectateur d’aujourd’hui (a fortiori celui qui a grandi dans les années 90) aura peut-être l’impression pénible de se voir servir un cocktail familier auquel manquent plusieurs ingrédients. Si on ajoute à ce défaut d’écriture un montage souvent calamiteux, une mise en scène qui frôle le kitsch et des personnages féminins caricaturaux et mal interprétés, on obtient un film très mineur dans la carrière du réalisateur.

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Pour autant, L’Oncle Buck n’est pas dénué d’intérêt et ses faiblesses font aussi son charme. Le manque d’efficacité signale un défaut de formatage qui laisse passer dans le film des latences et des excentricités dont se nourrit le cinéma de Hughes et qui disparaîtront malheureusement de la production commerciale de la décennie suivante. On est loin de la mélancolie de Breakfast Club ou de 16 bougies pour Sam, mais il en reste encore des traces qui suffisent à rendre L’Oncle Buckattachant.

Même les gags les plus grotesques et les moins bien amenés (le petit ami dans le coffre, la partie de golf, la porte qui envoie valser Buck sur le sol, etc.) ont quelque chose de maladroit qui les rend aimables. Ils sont en quelque sorte les derniers signes d’une maladresse de réalisateur, avant que le savoir faire du producteur ne prenne définitivement le relais (L’Oncle Buck est l’avant-dernier film de John Hughes en tant que réalisateur).

Plus encore, ces gags sont tellement mal intégrés au ton général du film, avec leurs effets ringards (caméra subjective et gros nuages de fumée) qu’ils prennent une dimension surréaliste. Le sadisme de Buck protégeant sa nièce devient alors une sorte de fantasme étrange formé par la jeune Tia, une création tout droit sorti de son cerveau torturé d’adolescente mal dans sa peau.

Si on peut voir Buck comme l’avant-garde d’une flopée de personnages de losers sympathiques qui viendront secouer (sagement) le puritanisme de la banlieue américaine dans les années 90, on peut donc aussi le voir comme la matérialisation d’un fantasme d’adolescent : l’adulte parfait, disponible et maladroit, protecteur et droit dans ses bottes, paumé mais inébranlable. Un adulte auquel on peut à la fois se fier et d’identifier. Le jeu tantôt débridé tantôt plus retenu de John Candy permet d’entretenir le doute sur la fonction de ce personnage et sur le sens à donner au film. Mais quand Tia reste seule sur le pas de la porte pour dire au revoir à son oncle, on est plutôt tenté d’identifier L’Oncle Buck (avec toutes ses imperfections) à une nouvelle plongée de John Hughes dans la psyché adolescente, qu’au signe avant-coureur d’une décennie dominée par des divertissements plus régressifs et moins personnels.

2018-08-24T17:42:52+00:00 Tags: , |

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