COVER GIRL

par Hugo MATTIAS

Avec son générique façon Ma Sorcière bien-aimée et son ouverture en voix-off dans un New-York glamour et délicieusement agité, Bye Bye Love annonce clairement la couleur. Ce sera rose bonbon, comme la tenue rétro de son héroïne et comme l’univers sixties très girly proposé par Peyton Reed. Mais qu’on ne s’y trompe pas: derrière les tailleurs colorés et les postures de cover girl, Barbara Novak est d’abord et surtout l’auteure d’un livre où elle s’affirme en tant que féministe convaincue. Comme elle l’explique elle-même aux vieux barons de l’édition new-yorkaise (qui s’en décrochent la mâchoire au passage), la femme moderne doit renoncer à l’amour, pratiquer le sexe pour le sexe et ainsi tourner le dos au mariage au profit d’une carrière professionnelle épanouie. Bref, une sexualité libérée comme fondement de l’émancipation sociale. Hum. Qui a dit gênant ?

En réalité, tout ça n’a que peu d’importance. Ce feel-good movie vintage prétend survoler les clichés en tout genre en les embrassant dans un même geste bienveillant de moquerie et d’auto-dérision généralisées. Les années 60, cibles d’un hommage plus ou moins satirique, se caractérisent ici par un immobilisme social et une inoffensive naïveté que la pimpante Renée Zellweger se charge de venir secouer avec ses gentilles théories avant-gardistes. Las! Il a beau s’agiter beaucoup, le film ne secoue rien du tout.

Dans sa volonté de rendre hommage aux classiques de la comédie romantique des années 60 (on reconnaît Confidences sur l’oreiller ou Un pyjama pour deux, on pense parfois à Diamants sur canapé ou à La Garçonnière), Bye Bye Love ne lésine pas sur les moyens: décors kitschissimes, acteurs en surjeu, montage pop et petits airs jazzy, tout est fait pour recréer le charme et l’énergie d’un cinéma dont on pointe en même temps d’un doigt moqueur le caractère artificiel. L’idée pourrait être bonne, si l’exécution ne paraissait pas légèrement présomptueuse. Pour que l’hommage soit digeste, il aurait fallu que Reed et son scénariste capturent au moins en partie l’essence de la grande comédie des années 60, à savoir une légèreté de mise en scène, une finesse dans les dialogues et une grâce dans le jeu des acteurs dont Bye Bye Love est globalement dépourvu. En parodiant un cinéma vieux de quatre décennies, Reed réussit l’exploit de se montrer plus suranné que les classiques qu’il entend dépoussiérer.

Malgré tout, en tant que comédie romantique contemporaine, le film ne fonctionne pas si mal. L’aspect parodique n’empêche pas la romance d’exister pleinement et le scénario fait finalement davantage penser à des films comme Vous avez un message ou Coup de foudre à Notting Hill qu’à ses modèles plus anciens. Malheureusement, le dénouement sombre dans des retournements de situation peu crédibles, que l’auto-dérision ambiante ne suffit pas à faire passer. Plus que la lourdeur qui en découle, c’est encore une fois le rapport du film au féminisme qui s’en trouve égratigné. Si on pouvait encore en douter jusque là, le dernier quart de Bye Bye Love le confirme: la cause féminine est ici un pur gadget, un « girl power » atone et intermittent clamé la bouche en cœur, qui sert d’abord les enjeux du récit, mais finit clairement par encombrer ses derniers développements.

Sur ce point aussi, la grande comédie des années 60 a paradoxalement mieux vieilli que Bye Bye Love. Les femmes y étaient secrétaires, danseuses ou croqueuses de diamants, toujours vouées au mariage, malheureuses dans leur solitude, mais leur désir d’émancipation, même s’il tournait vite court, laissait entrevoir une sincérité, une complexité et une impertinence que seule l’époque empêchait de s’épanouir un peu plus largement. Le film de Peyton Reed n’a pas cette excuse et on finirait presque par se demander si l’objet de sa nostalgie n’est pas plus douteux qu’il n’y parait. Une question qu’on n’approfondira pas, de peur de charger injustement un film qui se présente avec modestie comme un pur divertissement (ou de paraître ignorer les codes traditionnels de la comédie romantique, genre par essence peu féministe). Un dernier regret seulement: l’utilisation de Rachel Dratch (du Saturday Night Live) en vieille fille désespérée, rôle totalement passif et qui concentre toute l’attention sur le physique atypique de l’actrice en faisant l’impasse sur son talent comique. A bon entendeur…